Construire un service public numérique inclusif et accessible à tous

La transformation numérique des services publics marocains a franchi une étape décisive en septembre 2024, avec le lancement officiel de la stratégie Maroc Digital 2030. Porté par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, ce programme place la digitalisation des services publics et l’inclusion numérique parmi ses priorités. L’objectif affiché est clair : atteindre le top 50 mondial de l’indice de développement de l’e-gouvernement des Nations unies (EGDI), un taux de satisfaction des usagers de 80 %, une réduction des délais de traitement de 50 % et une simplification des démarches administratives de 40 %.

Un socle solide, mais des inégalités qui persistent

Le Maroc peut s’appuyer sur des acquis réels. Le pays est classé 90e mondial et 4e en Afrique à l’EGDI 2024, avec un score de 0,68 sur 1, supérieur aux moyennes africaine et mondiale. Il gagne onze places par rapport à 2022 et compte désormais plus de 600 services publics accessibles en ligne, pour les citoyens, les entreprises et les administrations.

Ces résultats nationaux masquent toutefois des écarts persistants. Selon le Recensement général de la population et de l’habitat 2024 du HCP, 59,6 % des Marocains de 15 ans et plus utilisent internet, mais ce taux tombe à 40,4 % en milieu rural contre 70,2 % en milieu urbain. Le même déséquilibre se retrouve du côté de l’inclusion financière : le taux de bancarisation national a progressé, atteignant 62 % fin 2025, mais la couverture en points d’accès financiers en milieu rural ne dépasse pas 60 %, très en retrait par rapport aux zones urbaines (Bank Al-Maghrib, 2026). La stratégie Maroc Digital 2030 ne peut réussir son pari que si elle prend la mesure de ces écarts.

Connecter les territoires, une condition préalable

L’accès aux services publics numériques commence par une connexion fiable. Une enveloppe de 11 milliards de dirhams est dédiée au déploiement de la fibre optique, avec pour objectif de connecter 5,6 millions de foyers et 6 300 structures administratives d’ici 2030. Le chemin reste long : fin du premier trimestre 2024, seuls 919 000 foyers étaient effectivement raccordés (ANRT). Ces efforts s’accompagnent du lancement de la deuxième phase du Plan national du haut débit, qui cible 1 800 localités mal desservies, avec l’installation de prises fibre dans les sites administratifs urbains et des subventions pour l’équipement satellite des sites publics ruraux.

La connectivité physique est nécessaire, mais elle ne suffit pas seule. Elle doit être pensée en synergie avec la qualité des interfaces, la disponibilité des services sur mobile et la capacité des plateformes à fonctionner avec une connexion de faible débit. Un citoyen d’une zone rurale enclavée n’a pas les mêmes conditions d’accès qu’un usager citadin équipé d’une fibre à haut débit. Concevoir des services publics numériques inclusifs impose de prendre en compte ces contraintes dès la phase de conception, et non a posteriori.

Former pour instruire : le chantier des compétences numériques

L’accès technique à un service ne garantit pas sa maîtrise. L’inclusion numérique dépend de la capacité réelle des citoyens à utiliser les outils mis à leur disposition. Maroc Digital 2030 fixe un objectif ambitieux en matière de formation : faire passer le nombre de jeunes formés chaque année aux métiers du numérique de 14 000 à 100 000 d’ici 2030. Cette montée en compétences concerne aussi les agents publics, appelés à accompagner les usagers les moins à l’aise avec les outils numériques.

Des programmes d’alphabétisation numérique complètent ce dispositif, en ciblant les populations les plus éloignées du digital, personnes âgées et habitants des zones rurales en particulier. Ils constituent le véritable filet de sécurité de la transformation numérique : celui qui évite que la dématérialisation se traduise par une mise à l’écart des populations les plus vulnérables. Un service rendu uniquement en ligne, sans accompagnement humain, crée mécaniquement de l’exclusion.

Concevoir des services accessibles à tous les profils d'usagers

L’accessibilité renvoie aussi à la conception même des interfaces et des parcours usagers. La stratégie Maroc Digital 2030 intègre un axe dédié à l’usage inclusif, visant à garantir l’accessibilité des services digitaux à toutes les catégories sociales, y compris en zones rurales et pour les personnes en situation de handicap. Cela suppose de concevoir des interfaces conformes aux normes d’accessibilité web internationales, qui rendent les contenus perceptibles, utilisables et compréhensibles par tous.

Centraliser les démarches administratives au sein d’un point d’entrée numérique unique, accessible à tout moment et depuis n’importe quel appareil, va déjà dans ce sens : dépôt de dossiers, prise de rendez-vous, suivi des demandes, réception de documents. Réduire la complexité d’une démarche est en soi une forme d’inclusion.

Des technologies comme la reconnaissance et la génération vocale, ou des interfaces pensées pour un usage intuitif, permettent aux populations analphabètes et rurales d’accéder aux services publics en ligne sans maîtriser l’écrit. Le sujet reste d’actualité : selon les résultats du Recensement général 2024, le taux d’analphabétisme atteignait encore 24,8 % de la population, avec un écart marqué entre milieu urbain (17,3 %) et milieu rural (38 %) (HCP, 2024). Le développement de contenus éducatifs en darija connaît une croissance notable sur les plateformes d’e-learning, une direction prometteuse qui montre que l’accessibilité peut devenir un moteur d’innovation plutôt qu’une simple contrainte de conformité.

Un service public numérique véritablement efficace et inclusif suppose des choix de conception concrets : des interfaces lisibles, des parcours simplifiés, des dispositifs d’accompagnement humain pour les publics les plus éloignés du digital. Ce sont ces choix, autant que les investissements en fibre optique, qui détermineront si la promesse de Maroc Digital 2030 se traduit en réalité quotidienne pour l’ensemble des Marocains.

C’est dans cette logique que NEONOVIA conçoit ses solutions à destination des administrations publiques, avec la conviction qu’un service numérique n’a de valeur que s’il reste utilisable par tous, y compris dans les conditions de connectivité et de compétences les plus contraintes.